Les Frères à Ch’val | La guitare à l’épaule, le coeur au soleil

Comme plusieurs, j’ai découvert Polo à travers son groupe le plus connu, Les Frères à Ch’val! Arrivés en trombe au milieu des années ’90 avec leur mélange unique de folk, rock, country et reggae, le groupe a frappé fort avec une série de chansons indémodables telles que Rastafarwest, L’été, Senorita Conchita et le méga-hit Mon Voisin. 

Polo a multiplié les projets suite à la séparation du groupe au tournant des années 2000: un album solo avec un coté world music encore plus assumé, la formation de Maktoub aux sonorités marocaines avec Lekbir Halili et finalement en formule trio multi-instrumentistes Polo et les Méchants Moinôs. Après des retours sporadiques le temps de marquer quelques anniversaires et un Best Of publié l’année dernière (Les plusses meilleures chansons), le groupe fait à présent son retour officiel avec l’album Ast’Heure, un album varié que nous avons inclut dans notre top 5 du mois de septembre.

C’est avec un plaisir non dissimulé que nous avons eu la chance de nous entretenir avec Polo au sujet du nouvel album et du spectacle LÉGION (en compagnie de Noir Silence et de Vilain Pingouin) qui se tiendra samedi le 16 novembre prochain au Club Soda dans le cadre de Coup de Coeur Francophone (billets disponibles ici). Polo, généreux comme à son habitude, nous a emmené sur une belle ride. Embarque, on ira pas vite !

Retour attendu

Pendant que Polo explore des sonorités plus africaines et orientales au travers de ses projets, l’univers des Frères à Ch’val n’est jamais bien loin. “Avec tous les projets dans lesquels j’ai joué, je ne pouvais évidemment pas ne pas jouer des chansons des Frères à Ch’val. Ce sont mes chansons. Même si j’avais écrit des nouvelles chansons “solo” et que je les jouais avec un autre groupe, il y avait quand même la moitié du show qui était des chansons des Frères à Ch’val.

La demande reste donc bien présente pour les chansons des Frères, mais les albums eux, sont introuvables en magasin, discontinués suite à la faillite de la compagnie de disque. Polo réussit toutefois à récupérer les droits sur les trois premiers albums et les astres s’alignent pour un retour du groupe. “On avait recommencé à jouer en 2014 lorsqu’on a fait la mini tournée pour souligner les 20 ans de l’album Ç’Pas Grave, le premier album des Frères. Depuis cet été-là, les shows s’accumulaient d’été en été et tout le monde [ndlr: les musiciens originaux Gilles Brisebois, Denis Lavigne et François Lalonde] était libre et disponible à faire ça. Les shows s’accumulent, on joue, on a du fun, alors on continue ! Et en remettant sur le marché une partie de l’oeuvre des Frères à Ch’val [ndlr: la compilation Les plusses meilleures chansons], on s’est dit “tant qu’à jouer en spectacle, pourquoi pas en avoir des nouvelles?” Ça, c’était une autre paire de manches parce que ça faisait depuis les Méchants Moinôs que je n’avais pas écrit de textes !”

Enregistré dans les studios personnels des membres du groupe et réalisé par Gilles Brisebois, l’album marque une évolution importante depuis Prends Ça Cool. On y retrouve toujours la plume distinctive de Polo, maître incontesté des chansons d’été à saveurs reggae, mais aussi certaines compositions aux thématiques plus actuelles (environnement, dépendance aux technologies, etc.). Cela peut s’expliquer en partie par le fait le groupe ait décidé de partir de zéro et de tout composer spécifiquement pour l’album. “J’avais une dizaine de chansons qui traînaient mes tiroirs et souvent c’est l’fun. Si tu prends l’exemple de “Mon Voisin”, cette chanson-là traînait dans mes tiroirs pendant 13 ans avant que je ne la sorte. Je l’avais fait en anglais au début. La plupart des chansons que j’ai refais, même Rastafarwest, datent de cette époque-là, de ’83. Mon Voisin c’est vraiment identique, ça s’appelait “Dancing in the Sun” dans le temps. Tout ça pour dire que c’est le fun des fois d’avoir des tounes dans les tiroirs, mais pour cet album-là, on a recommencé à zéro. Gilles est arrivé, il m’a dit “j’ai peut-être une musique pour toi” et j’ai vraiment aimé ça. C’était “Sous les étoiles” et j’ai fait le texte qui allait avec le soir même. Après ça, on l’a joué ensemble et on s’est dit “ah yes, c’est ça !”. Et c’est parti de là.”

Le gars de party

Suis-je moins insoucient qu’il y a vingt ans?” rigole Polo quand on lui demande d’aborder les sujets plus sérieux sur le nouvel album. “C’est drôle parce qu’à la base, je pars d’un groupe punk. Mon premier groupe c’était Danger en 1977. Il y avait un côté dark dans ce groupe-là aussi et j’ai un côté dark. Mais je ne peux jamais vraiment l’exploiter. Il n’y a aucune radio qui va jouer mes chansons plus dark parce qu’on m’aime en gars de party, un peu clown. Un clown respecté, mais un clown pareil ! [rires]. Mais mon public me demande plus que ça et ils sont habitués d’avoir plus que ça parce qu’en spectacle on peut se permettre de jouer tout ce qu’on veut.” Au final, donc, c’est la volonté de parler de ces problématiques qui l’emporte. La relation malsaine que l’on peut entretenir avec ses réseaux sociaux et la quête des mentions “j’aime”, les abeilles qui meurent subitement dans son jardin, ainsi que les employés de Monsanto “habillés comme pour aller sur la lune” pour étendre leurs pesticides, sont toutes “des affaires qu’on ne peut pas laisser passer, on ne peut pas ne pas en parler. C’est rendu trop… trop dans ta face !”

Un des procédé d’écriture qu’affectionne particulièrement Polo est l’adaptation de chansons anglophones en français. Il récidive cette fois-ci deux fois plutôt qu’une avec Paye-Moé, une adaptation de Pay Me My Money Down (un chant traditionnel d’esclaves sauvé de l’oubli par Lydia Parrish au début du vingtième sièce et popularisé par Bruce Springsteen) ainsi qu’avec Essaye-lé donc, adaptation de Salty Dog Blues, une chanson folk du début des années 1900 (reprise entre autres par les légendes du Bluegrass Flatt & Scruggs). C’est assez unique dans le paysage musical québécois actuel. Loin d’être de simples reprises, on croirait que ce sont des chansons originales des Frères à Ch’val. C’est un travail d’orfèvrerie effectué par Polo qui permet de rendre ces chansons siennes tout en restant fidèle aux originales. “Je suis un petit peu comme Pag là-dessus, j’aime beaucoup Pagliaro parce qu’il faisait ses chansons en français et en anglais et les deux versions marchaient bien, comme par exemple “Le Temps Presse / Time Race”. Il y va par la phonétique et c’est un peu comme lui que je travaille quand je fais ça. Si tu écoutes Salty Dog Blues, avec l’accent, ça va sonner comme “sawly don sawly don”, que j’ai transformé en “Essaye-lé donc”, c’est quasiment la même affaire. Phonétiquement, ça garde le ryhtme de la chanson. Ce sont des coups de coeurs, des chansons que j’aime ben et que je me dis “celle-là j’aimerais vraiment la faire en français”!

Parmi les autres points forts du disque, on retrouve Elle passa, une chanson instrumentale (une première pour le groupe), qui a la particularité d’être entièrement composée et jouée par Denis Lavigne à l’égoïne (scie musicale) et au violon. Le résultat est unique et l’ambiance mélancolique, quasi-cinématographique, clôt à merveille l’album.

Mon coup de coeur demeure toutefois La Chanson du Gitan, une chanson touchante sur un musicien de rue chassé de son espace public. Cette chanson contient une des mélodies les plus accrocheuses du répertoire des Frères et un crescendo à en faire dresser les poils sur les bras. Le jeu de lead guitar est sublime et la ligne d’harmonica, qui fait pratiquement office de refrain à elle seule, est un sans faute ! Ironiquement, la genèse de la chanson provient d’un évènement tragique, soit la mort de Tom Petty. “Malheur, Tom Petty vient de mourir… ah non… alors je suis chez nous, je joue du Tom Petty et un moment donné je me mets à jammer et je pogne ce riff-là. “C’est tu un riff de Tom Petty ça ? Non…”, mais c’est le fun par exemple ! Alors en réécoutant le riff, je me dis que je verrais un harmo là-dessus. J’ai “tapé” ma guitare et j’ai tout de suite mis l’harmonica et ça a marché. Toutes des first shots qui ont marché !” La chanson n’avait toutefois pas de paroles. Polo fait donc appel à son ami Yvon Lebrun qui lui soumet un texte dont Polo modifiera la finale, s’inspirant d’un fait vécu. “Le flash m’est revenu d’un gars qu’on allait voir et qui faisait un maudit bon show. On ne l’appelait pas le gitan, mais c’était clair qu’il ne venait pas d’ici. Je pense qu’il jouait sur le carré Prince-Arthur il y a 25-30 ans de ça. Il y avait toujours une foule de monde et il faisait vraiment de l’argent. Puis un moment donné “pouf”, il a disparu et on ne l’a pu jamais revu. J’ai essayé de m’imaginer qu’est-ce qui lui est arrivé. Peut-être qu’il n’était pas légal ici tout simplement et ils l’ont retourné chez eux. Ils se sont dit “lui, il fait trop d’argent, on le retourne chez eux”. J’en suis venu à cette conclusion-là dans la chanson“.

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LÉGION 90

Dans le cadre de Coup de Coeur Francophone, les Frères à Ch’val se joindront à Vilain Pingouin et Noir Silence, une affiche de rêve pour les amateurs de rock québécois qui a fait le bonheur de quelques festivals au courant de l’été. Le nombre de hits que les trois groupes ont produit au cours des années est à donner le vertige ! Le spectacle de ce samedi s’annonce donc comme un évènement à ne pas manquer.

Polo promet une setlist assez rock, mélangeant les chansons du nouvel album avec les plus gros succès présents sur la compilation, mais aussi quelques surprises comme des chansons qui n’ont pas été jouées depuis un certain temps et qui ont été revisitées. On peut aussi se croiser les doigts pour quelques collaborations ou jams entre les groupes.

Et la suite ? Le spectacle de samedi devrait marquer la fin des spectacles en 2019 mis à part quelques apparitions promotionnelles pour des radios ici et là. Le groupe espère également pouvoir proposer une date en salle à Québec au courant de l’hiver. Sinon, c’est en mai que le groupe prévoit reprendre le collier, la guitare à la main et le coeur au soleil… en même temps que le retour du beau temps !

 

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